• Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu

    Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu

    Fiche détaillée

     Auteur > Joseph Sheridan Le Fanu
    Editeur > Ink Book
    Genre > nouvelle fantastique, classique
    Date de parution > 1872 pour l'édition originale , 2013 pour la présente édition
    Titre original > Carmilla
    Format > ePub
    Poids du fichier > 341 Kb (102 pages)
    Traduction > de l'anglais par

    auteur
    (sources : Wikipédia et Fayard)

    Joseph Sheridan Le Fanu

    Sheridan Le Fanu est un écrivain irlandais né le 28 août 1814 à Dublin où il est mort le 10 février 1873.
    C'est l'un des auteurs majeurs du récit fantastique.
    Descendant d'un huguenot français, Joseph Sheridan Le Fanu est le fils du doyen de l'Église protestante irlandaise. Il est également le petit-neveu du célèbre auteur dramatique et homme politique irlandais Richard Brinsley Sheridan.
    Étudiant en droit à Trinity College de 1833 à 1837, il est appelé au barreau irlandais deux ans plus tard, mais il n’y exercera jamais. Il rejoint l’équipe du Dublin University Magazine en 1837 et débute sa carrière comme journaliste. En 1843, il épouse Susanna Bennett dont le décès, dix ans plus tard, le plonge dans la dépression. Vivant reclus, il se lance alors à corps perdu dans l’écriture de ses histoires d’horreur, à tel point que sa timidité et son mode de vie nocturne lui valent le surnom de Prince Invisible. Il disparaît le 7 février 1873.
           J. Sheridan Le Fanu est l’un des écrivains les plus populaires de l’ère victorienne : il s’impose comme le maître des histoires de fantômes et du roman gothique avec Oncle Silas (1864), Comment ma cousine a été assassinée (1851) et Carmilla (1872).

     

    quatrieme de couverture

    Autriche, début du XIXème siècle. Lors d'une promenade, Laure et son père sont témoins d'un accident au cours duquel une jeune fille, Carmilla, fait un malaise. La mère de celle-ci supplie le père de Laure de prendre soin de sa fille pendant les trois mois à venir, elle-même devant alors effectuer un mystérieux voyage "pour une question de vie ou de mort". Laure et Carmilla sympathisent rapidement, la jeune inconnue reste très secrète tandis que leur relation se fait de plus en plus tendre...

    Avant-gardiste, moderne, surprenant, surtout à l’époque victorienne, Joseph S. Le Fanu aborde dans cette histoire les rapports troubles de deux jeunes filles... Cauchemars, fantômes, esprits et bien sûr vampires sont au rendez-vous ! Un incontournable de la littérature du dix-neuvième siècle et l'un des premiers écrits fondateurs de la littérature vampirique (ayant inspirée quelques décennies plus tôt, le fameux Dracula à Bram Stoker).

    première phrase

    "Sur un feuillet joint au récit que l’on va lire, le docteur Hesselius a rédigé une note assez détaillée, accompagnée d’une référence à son essai sur l’étrange sujet que le manuscrit éclaire d’une vive lumière."

    avis personnel

     Publié vers 1872, 53 ans après Le Vampire de Polidori, qui a lancé la mode du vampirisme dans la littérature  et  25 ans avant le Dracula de Bram Stoker qui sacre définitivement le vampire comme personnage de fiction, Carmilla est donc une lecture incontournable pour tous les amateurs de vampires.

    Je remercie d'ailleurs ma fidèle binômette Missie d'avoir sélectionné cette nouvelle, me permettant ainsi de continuer mon exploration de la littérature vampirique sous ses différents traitements ! ^^

    L'histoire se déroule au XIXème siècle en Styrie, un land situé en Autriche. Laura et son père vivent dans un château isolé, à proximité d'un village abandonné où la famille de Karnstein, de triste réputation, a vécu. Elle a pour seule compagnie celle de ses deux domestiques françaises, Mme Perrodon la gouvernante, et Mlle De Lafontaine, la préceptrice.
    Laura commence son histoire en racontant un cauchemar qu'elle a eu enfant et où une femme étrange mais belle s'approche de son lit. Cette vision lui laisse d'abord une sensation réconfortante et agréable, jusqu'à ce que l'enfant sente deux aiguilles s'enfoncer dans son cou. Cette expérience, ressentie comme réelle, laissera une impression durable dans l'âme de la jeune fille.
    Puis, nous retrouvons Laura jeune adulte solitaire. Elle attend avec impatience la visite d'un ami de son père, le général Spielsdorf et de sa nièce, Bertha Rheinfeldt. Malheureusement, une lettre leur apprend la mort prématurée de Bertha, privant la jeune fille d'une compagne de son âge.

    Peu après, lors d'une promenade nocturne, les habitants du château assistent à  l'accident d'une voiture, semblant jaillir de nulle part.
    De l'équipage sortent une dame majestueuse et sa prétendue fille. La dame, ayant des affaires urgentes  à régler et craignant de continuer le voyage avec sa fille blessée et malade, persuade le père de Laura de la garder jusqu'à son retour dans 3 mois, en arrachant la promesse qu'ils ne cherchent pas à savoir leur nom ni leur origine.
    Ce n'est que plus tard que Laura découvre que le visage de Carmilla correspond à celui de son rêve. Malgré l'horreur de cette découverte, Laura ressent inexplicablement un mélange de profonde attirance et de répulsion à l'égard de cette femme.
    Carmilla, de santé fragile, semble toujours faible. Elle  s'enferme dans sa chambre dès la nuit venue et n'en ressort qu'en début d'après-midi. D'humeur mélancolique et changeante, elle exprime une affection très vive pour Laura.
    Peu après, une étrange épidémie se répand à travers la campagne avoisinante :  les femmes qui en sont atteintes meurent de langueur, après avoir rêvé être saisie à la gorge et étranglée.  Laura commence à avoir des rêves semblables à celui de son enfance . Puis, à se sentir fatiguée et mélancolique. Effrayée à l'idée d'être frappée par la maladie inexpliquée qui sévit alentour, elle tente de cacher son état à son entourage... Jusqu'à ce que l'arrivée du général Spielsdorf lève le voile sur une vérité bien plus effrayante encore !

    Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu
    Carmilla©Friston

    Bien que le lecteur du XXIème siècle, rompu aux codes vampiriques, devine immédiatement la nature exacte de Carmilla, la nouvelle n'en est pas moins intrigante et intéressante, puisque le suspens se focalise du coup sur le dénouement de l'histoire : de quelles manières l'influence néfaste de Carmilla sera-t-elle finalement contrecarrée ? 

    D'entrée de jeu, l'auteur campe un décor délicieusement gothique avec un château "aux multiples fenêtres, ses tours, sa chapelle gothique (...), une clairière pittoresque, de forme irrégulière ; à droite, un pont gothique en pente raide [permettant] à la route de franchir un cours d’eau dont les méandres s’enfoncent dans l’ombre dense des arbres." (page 6-7)
    Ses descriptions sont parfois très poétiques et évocatrices, distillant habilement une atmosphère angoissante.
    Que ce soit la scène précédant la rencontre avec Carmilla, durant laquelle les habitants du château se promènent pour profiter "du merveilleux clair de lune" tout en admirant l'horizon au-dessus duquel "s’étendait mollement une mince couche de brume, légère comme une fumée, qui masquait les distances de son voile transparent" (page 14-15) ou les scènes évoquant à plusieurs reprises la forme bestiale revêtue par la jeune suçeuse de sang : "... je fis le guet jusqu’à une heure du matin environ. Alors, je vis une forme noire aux contours mal définis gravir le pied du lit et s’étendre rapidement jusqu’à la gorge de ma pauvre fille, où elle s’enfla rapidement en un instant pour devenir une grosse masse palpitante." (page 89-90)
    Ainsi, Le Fanu égrène tout au long du récit des indices sur la nature surnaturelle de Carmilla, faisant progressivement monter l'horreur et la tension...

    L'autre intérêt du récit réside dans la fixation de certaines caractéristiques du vampire : être doué d'une beauté inhumaine, sa séduction quasi hypnotique subjugue ses victimes, impuissantes à reconnaître le danger et fatalement attirées par lui ; sa capacité à changer de forme et à traverser les murs ; ses canines pointues lui permettant de sucer le sang de ses victimes ; sa nature de prédateur le poussant à traquer sa proie avec une persistance s'approchant d'une certaine forme de désir sexuel ; son besoin de se régénérer dans son cercueil (dans Carmilla, le vampire y baigne dans une mare de sang) ; la seule manière de le tuer définitivement est de lui couper la tête et de lui enfoncer un pieu dans le coeur.

    Par contre, dans Carmilla, bien que doté d'une pâle carnation et voué à des activités nocturnes, le vampire n'est pas confiné au monde de la nuit, et peut se déplacer en plein jour, se mêlant à la société humaine d'une manière tout à fait normale.

    Autre originalité du roman : le vampire est ici une femme, ne s'attaquant qu'aux femmes dont elle tombe parfois passionnément amoureuse. Mais c'est un amour mortifère et possessif qui prive progressivement l'être aimé de son essence vitale. Les discours enflammés que Carmilla adressent à Laura sont on ne peut plus explicite sur la nature et la violence de ses sentiments : "Parfois, après une heure d’apathie, mon étrange et belle compagne me prenait la main et la serrait longtemps avec tendresse ; une légère rougeur aux joues, elle fixait sur mon visage un regard plein de feu languide, en respirant si vite que corsage se soulevait et retombait au rythme de son souffle tumultueux. On eût cru voir se manifester l’ardeur d’un amant. J’en étais fort gênée car cela me semblait haïssable et pourtant irrésistible. Me dévorant des yeux, elle m’attirait vers elle, et ses lèvres brûlantes couvraient mes joues de baisers tandis qu’elle murmurait d’une voix entrecoupée : « Tu es mienne, tu seras mienne, et toi et moi nous ne ferons qu’une à jamais ! » Après quoi, elle se rejetait en arrière sur sa chaise-longue, couvrait ses yeux de ses petites mains, et me laissait toute tremblante." (page 30-31)

    Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu
    Carmilla©Friston

    Pour conclure, grâce à une écriture et une progression narrative efficaces, l'auteur nous immerge complètement dans ce récit gothique à l'ambiance et à l'univers fantastiques subtilement retranscrites. Et audace pour l'époque qui mérite d'être soulignée : le lesbianisme est ici abordée à travers ses deux héroïnes , Carmilla et Laura.
    Par contre, j'ai été un peu déçue de ne pas en apprendre davantage sur la prétendue mère de Carmilla et ses domestiques qui l'aident à chaque fois à gagner les bonnes grâces de ses victimes. Dommage qu'on n'en sache pas plus sur leur rôle véritable...

    Appréciation :

    note : 4 sur 5


    extrait

     "Tu ignores combien tu m’es chère ; sans quoi, tu n’imaginerais pas que je te mesure ma confiance le moins du monde. Mais je suis liée par des vœux bien plus terribles que ceux d’une nonne, et je n’ose pas encore raconter mon histoire à personne, même à toi. Pourtant le jour approche où tu sauras tout. Tu vas me juger cruelle et très égoïste, mais l’amour est toujours égoïste : d’autant plus égoïste qu’il est plus ardent. Tu ne saurais croire à quel point je suis jalouse. Tu viendras avec moi, en m’aimant jusqu’à la mort ; ou bien tu me haïras, et tu viendras avec moi quand même, en me haïssant pendant et après la mort. Dans mon apathique nature, il n’y a pas de place pour l’indifférence.
    (page 45-46)

    divers

    Livra'deux pour pal'Addict
    Ma 7ème participation, cette fois avec Missie ;

    Challenge "Un classique par mois"

    Le classique du mois d'août pour le challenge organisé par Stephie.

    Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

    Ma 20ème participation au challenge de Myrtille - mythe du vampire qui a inspiré Bram Stocker

    Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

    Ma 3è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Irlande
    D'autres billets sur l'Irlande : ♦ Ichmagbücher ♦ Sharon ♦ merlintheblackcat ♦ Salhuna ♦ livraline ♦ Julie86 ♦ delphinema09 ♦ mistigris

    E-challenge : passons au numérique organisé par Hedyuigirl

    Ma 15è participation au challenge d'Hedyuigirl (15/19-31)

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 15 Août 2014 à 20:35
    Sylly
    Coucou :)
    Carmilla est un livre que j'ai adoré dévorer ! Tu en fais une belle description. J'ai aimé la plume saisissante de l'auteur, et sa façon de nous immerger dans ce monde ou tension et mystère flirtent.
    Lire ta chronique me donne envie de relire encore ce livre et de me replonger dans les mondes vampiriques que j'affectionne particulièrement ^^
    Bisous

    (PS)je ne peux plus mettre le flux de ton blog en lien sur le mien et je n'arrive pas à trouver le pourquoi ...
    2
    Samedi 16 Août 2014 à 17:48

    Ah j'étais pressée de lire ton billet ma chère binômette et je suis tout à fait d'accord avec toi x)
    Comme toujours ton billet est très complet et intéressant. Il est vrai que nous (lecteurs du XXIe siècle )comprenons très rapidement la nature de Carmilla et pourtant on se délecte de cette lecture.
    Et je suis bien d'accord lorsque tu dis : ''Ses descriptions sont parfois très poétiques et évocatrices, distillant habilement une atmosphère angoissante.'' c'est tout à fait cela et je crois que c'est ce qui m'a le plus plût dans ce court roman. Il ne se passe pas grand chose si on y réfléchit bien et pourtant l'écriture nous transporte et tout prends une grande importance. ^^
    J'ai vraiment apprécié le personnage de Carmilla, au contraire de Laura qui apparaît assez fade. Tout comme toi j'aurai souhaité en apprendre plus en ce qui concerne la fameuse ''fausse mère de Carmilla''. En tout cas j'apprécie vraiment ce petit roman gothique et je suis ravie de voir qu'il t'ai plût ^o^

    3
    Lundi 18 Août 2014 à 09:09
    Ton avis m'as donné envie de lire ce livre, découvrir les "vampires classiques" me tente de plus en plus.
    4
    Jeudi 21 Août 2014 à 13:16

    J'ai lu ce livre il y a quelques mois, et j'avais adoré! Je suis ravie de voir qu'il t'a plu aussi, tu en as fait une très belle chronique!

    5
    Mardi 26 Août 2014 à 10:45

    @Sylly,
    ce qui est fort avec ce livre, c'est que même en connaissant la nature de Carmilla, l'auteur arrive à maintenir une sorte de mystère autour d'elle... ^^
    concernant ton ps, étant nulle en flux, je ne saurais malheureusement t'apporter une quelconque explication... sarcastic

    @Missie,
    oui, j'ai adoré l'écriture de Sheridan, et j'ai moi-même ressenti de l'angoisse à ses descriptions alors que je savais de quoi il retournait ! il est fort, ce Le Fanu ! ^^
    en tout cas, merci pour cette découverte ! j'avais également l'intention de lire Ovide mais le temps m'a manqué... cry

    @Salhuna,
    je t'encourage à découvrir les débuts de cette littérature vampirique car la plume de ces auteurs est vraiment d'une très grande qualité et distille à merveille une atmosphère angoissante ! wink2

    @AnGee,
    merci beaucoup, j'avais moi-même beaucoup apprécié ta chronique qui m'avait intriguée sur cet ouvrage... et ma curiosité a été amplement satisfaite à la lecture ! smile

    6
    Mercredi 1er Octobre 2014 à 18:54
    J'ai lu une nouvelle de cet auteur récemment, j'en parlerai à l'occasion du challenge Halloween... Le livre que tu évoques me parle bien, un de plus pour la wish-list !! Merci à toi et bonne fin de semaine :)
    7
    Jeudi 2 Octobre 2014 à 10:55

    @Myrtille,
    ouh là là, tu éveilles ma curiosité !! yes
    je vais essayer de surveiller tes publications d'un peu plus près histoire que je ne la rate pas !! Bonne fin de semaine à toi également ! ^^

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