• Tortuga de Valerio Evangelisti

    Tortuga de Valerio Evangelisti

    Fiche détaillée

      Auteur > Valerio Evangelisti
    Editeur > France Loisirs
    Genre > Aventure historique
    Date de parution > 2008 pour l'édition originale , 2012 pour la présente édition
    Titre original > Tortuga
    Nombre de pages > 469
    Traduction > de l'italien par Sophie Bajard (avec la collaboration de Doug Headline)

    auteur

    Valerio Evangelisti, très connu pour ses épopées médiévales autour de l’inquisiteur Eymerich et de Nostradamus, avait déjà traité du rôle du crime dans la naissance de l’Amérique dans Anthracite. Écrivain italien né en 1952 à Bologne, il est diplômé de Sciences Politiques à l'Université de Bologne où il se spécialise en Histoire moderne et contemporaine. Il a publié des livres et des essais historiques, avant de se consacrer à la littérature fantastique. Son premier roman Eymerich l'inquisiteur obtient le Prix Urania en Italie. Neuf autres romans du cycle Eymerich ont suivi qui lui valurent en 1998 le Grand Prix de l'Imaginaire, ainsi qu’en 1999 le Prix Tour Eiffel de Science-Fiction. Mais c’est en publiant ensuite trois romans du cycle Métal Hurlant et les trois volumes du Roman de Nostradamus qu’il se fera connaître en France. Il est également auteur de romans policiers, correspondant du Monde Diplomatique et président de l'Archive Historique de la Nouvelle Gauche "Marco Pezzi" de Bologne. 

    quatrieme de couverture

    En 1685, les jours des pirates regroupés dans la confrérie des Frères de la Côte, aux ordres du roi de France, sont comptés. Louis XIV a fait la paix avec son traditionnel ennemi, l'Espagne, et les attaques des flibustiers des Caraïbes à partir de l'île de la Tortue ne sont plus les bienvenues.
    C'est dans ce contexte qu'un ancien jésuite portugais au passé mystérieux va faire le dur apprentissage de la vie. Sa passion pour une esclave africaine l'entraînera, non sans une certaine fascination, dans une aventure bruissant du fracas des abordages et des batailles à la découverte de la noirceur de l'âme pirate.

    première phrase

    "Rogério de Campos crut sa dernière heure arrivée."

    avis personnel

    Après l'abordage de son galion espagnol, Rogério de Campos, jésuite portugais au passé trouble, est enrôlé de force  à bord du bateau de Lorencillo comme maître d'équipage en vue d'être cédé au terrible capitaine De Grammont. D'abord épouvanté par les mœurs des pirates, il va progressivement adopter leur attitude sauvage et se dépouiller de son vernis civilisé...

    Tortuga de Valerio Evangelisti
    Michel de Grammont

    - Savez-vous quelle est notre force, à nous autre pirates ? (...) Nous évitons toutes ces hypocrisies. Tout ce que nous voulons, c'est de l'argent, et nous faisons fi de toute règle. Nous nous emparons de tout et vendons de tout, y compris des hommes. Nous sommes le futur, et personne ne nous arrêtera.»
    (Raveneau de Lussan à Rogério, page 175)

    L'auteur dresse ici un portrait démythifié du pirate, loin de la représentation complaisante de l'âge d'or hollywoodien. Il nous dépeint une espèce d'hommes cyniquement désenchantés, vivant au jour le jour, dans les excès et la démesure, dans une espèce de folle course en avant dont l'issue ne peut qu'être fatale. Attachés à la vie (et à l'or), ils savent la leur de courte durée et défient la mort à chaque bataille, à chaque abordage dans une frénésie sanglante. Ce sont des hommes cruels et féroces, s'adonnant au viol et à la torture sans aucun état d'âme. Mais paradoxalement, ce sont les seuls hommes véritablement libres de leur époque, cette époque si tyrannique aux faibles et dont les gouvernements peuvent se montrer finalement aussi inhumains envers leurs sujets que les pirates qu'ils condamnent. Les pirates ont en effet créé une société dont le fonctionnement est profondément démocratique : le butin est équitablement partagé entre eux, selon un système de compensation en rapport avec les blessures reçues au combat, et obéissent à un code d'honneur.

    Je défends qu'il est juste  qu'un homme en possède un autre, si le premier est plus fort que le second. Qu'il le torture même, et le dépèce comme une enveloppe vide, quand bien cela lui semblerait convenable. Mais au nom du Ciel, n'invoquons aucune norme moral pour agir de la sorte ! J'aime les Frères de la Côte précisément parce qu'ils tuent, volent, torturent et violent sans aucune justification éthique. Les Espagnols me sont odieux parce qu'ils agissent de la même façon, mais qu'ils prétendent à chaque fois que Dieu bénit leurs actes.
    (Raveneau de Lussan à Rogério, page 208)

    Evangelisti décrit à merveille la dure vie à bord, la condition intenable des pauvres mousses qui servent de femmes aux pirates, les lois égalitaires qui régissent les rapports entre les Frères de la Côte (un capitaine est élu démocratiquement à la tête du bateau... tout comme il peut en être démis s'il ne donne pas satisfaction), bref, l'auteur s'est documenté, et cela ce sent, jusque dans les moindres détails très évocateurs et immersifs ! Il s'arrange bien quelque fois avec l'Histoire, et surtout celle du capitaine De Grammont auquel il invente une fin épique (dans la réalité, De Grammont a brutalement disparu en mer) et un statut plus marginal qu'il ne l'était (De Grammont, au vu de ses exploits, fut nommé lieutenant de la partie sud de l'île de Saint-Domingue par le roi de France).

    «À vos ordres, premier maître. Qu'y-a-t-il de nouveau ?
    - Qu'y-a-t-il de nouveau ? répéta Macary, comme déconcerté. Mais il y a le vent qui se lève, imbécile ! Faites donner toute la voilure utile ! Et vous pouvez même déployer les culottes de votre mère, dans le cas fort improbable où elle en porterait ! »
    (page 282)

    J'ai beaucoup aimé les dialogues entre les protagonistes qui exposent leur philosophie de vie avec un cynisme et une cruauté décomplexée. Parfois même, leurs paroles étaient si outrées qu'elles en prenaient une tournure comique... J'ai regretté d'ailleurs qu'elles ne soient pas émaillées de ces fameux blasphèmes soit-disant affreux mais que l'auteur esquive malheureusement... Tant qu'à faire, autant aller jusqu'au bout de ce travail de démythification, non ?

    Tortuga de Valerio Evangelisti
    Laurent de Graff

    En outre, je ne me suis pas du tout attachée au personnage principal, que j'ai trouvé sans relief. Les révélations sur son passé font un peu l'effet d'un pétard mouillé. De plus, je n'ai jamais été convaincue par l'histoire d'amour qui le lie à l'esclave noire, même si je comprends la fascination obsessionnelle que la jeune femme exerce sur son esprit... Mais l'histoire n'a pas été assez fouillée de ce côté pour me paraître crédible !

    Pour conclure, une plongée fascinante dans le monde féroce des pirates qui sont montrés sous leur véritable jour, avec leurs bons et leurs pires côtés ! La plume et les descriptions de l'auteur sont véritablement immersives et retracent à merveille cette ambiance de violence et de fureur guerrière... Nous avons le plaisir de croiser les figures historiques des deux capitaines flibustiers Laurent de Graff dit Lorencillo et Michel De Grammont ainsi que celle d'Oexemelin, le chirurgien pirate et Raveneau de Lussan qui ont laissé des écrits sur la vie des flibustiers à la fin du XVIIè siècle (je compte bien les lire un jour d'ailleurs !). Malheureusement, j'ai trouvé l'intrigue sur Rogério de Campos assez faible et mal exploitée pour que je me sente complètement emportée...

    Appréciation :

    note : 3 sur 5

    extrait
    Le  Neptune, en des moments pareils, paraissait si surpeuplé que l'on se demandait comment il réussissait à flotter. Les bonnettes de perroquet furent mises au vent. Sur l'ordre de Callois, Rogério grimpa sur les vergues avec les gabiers. Les cacatois furent déferlés et repliés en permanence, selon la tournure que prenait le vent. Une foule d'hommes, poussée à ses extrêmités, exécutait la manoeuvre. Le Portugais, fouetté par les coups de vent, éprouvait au milieu de tant de souffrances un véritable sentiment d'orgueil. Pour la première fois, il sentait qu'il appartenait à une race d'hommes hors du commun, accoutumés à l'odeur enivrante de la mer, rassemblés sur de fragiles embarcations, prêts à semer la mort. Une élite libre et virile, qui jamais n'accepterait de limites à sa propre puissance ni à sa propre capacité de décider de son avenir.
    (page 182)

    divers

    La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

    Ma 52ème participation au challenge de Lynnae -

    Challenge "A l'abordage" organisé par Ivy-Read

    Ma 3è participation au challenge d'Ivy-Read.

    Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

    Ma 12è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Italie
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    Ce billet est ma 21è participation au challenge d'Helran - cette escale compte pour l'Italie

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  • Commentaires

    1
    Lundi 31 Août 2015 à 22:02
    Ah les histoires de pirates c'est cool quand même, dommage qu'il manque un petit quelque chose! Lady Pirate est l'un des meilleurs romans sur la piraterie je trouve ^^
    2
    Jeudi 3 Septembre 2015 à 13:20

    @Missie,
    Malgré mes petites réserves, j'ai vraiment senti le souffle de l'aventure me happer avec ce livre ! Tu me fais penser qu'il faut que je lise la suite des aventures de Lady Pirate !! winktongue

    3
    Jeudi 3 Septembre 2015 à 13:45

    Oh tu n'as lu que le premier volume? C'est vrai que d'après mon souvenir tu n'avais pas été autant subjugué que moi ^^

    4
    Jeudi 3 Septembre 2015 à 13:48

    Je pensais lire la suite assez rapidement, mais j'ai tellement de livres en attente que je ne sais où donner de la tête (bon, en fait je suis également très désorganisée, mais chuuuut... cela reste entre nous !!! ^^)

    5
    Jeudi 3 Septembre 2015 à 14:29
    Comme je te comprends je suis pareil mdr
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