• Le Royaume inachevé des ducs de Bourgogne (XIVe-XVe siècles) d'Elodie Lecuppre-Desjardin

    Le royaume inachevé des ducs de Bourgogne (XIVe-XVe siècles) d'Elodie Lecuppre-Desjardin

    Merci à

    Bestiarius, tome 1 de Masumi Kakizaki

    et aux éditions

    Le Royaume inachevé des ducs de Bourgogne (XIVe-XVe siècles) d'Elodie Lecuppre-Desjardin
     

    pour ce partenariat !

    fiche détaillée

    Auteur > Elodie Lecuppre-Desjardin
    Editeur > Belin
    Collection >  Histoire
    Genre > essai historique
    Date de parution > 2016
    Nombre de pages > 430

    auteur(sources : éditions Belin)


    Élodie Lecuppre-Desjardin est professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université de Lille 3. Spécialiste de l'histoire politique et culturelle bourguignonne, elle est également connue pour ses travaux sur l'histoire des villes des anciens Pays-Bas. Elle a notamment collaboré à La Dérision au Moyen Age, sous la direction d'Elisabeth Crouzet-Pavan

     

    quatrième de couverture

    Le 25 janvier 1474, Charles le Téméraire, dernier des ducs Valois de Bourgogne, revêtu d'or et de pierreries, portant un couvre-chef similaire à une couronne fermée, s'adresse à son peuple en évoquant de manière sibylline ses rêves de grandeur et sa volonté d'élever ses territoires en royaume. La Grande Principauté de Bourgogne qui, du milieu du XIVe à la fin du XVe siècle, s'est progressivement étirée des brumes de la Zélande aux vignes du Mâconnais, offre un laboratoire d'analyse politique exceptionnel permettant de disséquer la nature du pouvoir à la fin du Moyen Âge.
    Préférant le feuilletage à la narration linéaire des faits, Élodie Lecuppre-Desjardin propose ici une relecture ample et originale de cette aventure politique qui fit des ducs de Bourgogne les princes les plus puissants de leur temps, avant que la débâcle nancéenne n'arrête brutalement les ambitions du Téméraire. Cet ouvrage saisit les forces motrices d'une société composite et fait l'histoire non pas d'une perfection croissante, mais des cheminements qui peuvent mener à la construction d'un Bien Commun.
    Dans cette œuvre magistrale, Élodie Lecuppre-Desjardin nous entraîne au cœur d'un univers médiéval passionnant où se pose avec une étonnante actualité la question du sens des communautés, de la nature des loyautés et de la reconnaissance d'une autorité suprême.

    avis personnel

    Je ne répéterai pas la quatrième de couverture mais j'apporterai une précision aux futurs lecteurs : cet ouvrage fait référence à de nombreux événements qui ne sont pas expliqués. Selon moi, il est préférable d'avoir certaines connaissances pour apprécier la démonstration de l'auteure, même si ce n'est pas fondamentalement indispensable et que le non spécialiste y trouvera tout de même son compte.

    Personnellement, j'ai beaucoup apprécié ma lecture. Je connaissais surtout les premiers ducs de Bourgogne et leurs actions, or, ce livre, même s'il reprend la genèse de leurs actes, s'attarde davantage sur Charles le Téméraire, le dernier duc de Bourgogne et les raisons de son échec à hisser sa principauté au même rang qu'un royaume de France ou un Saint Empire romain germanique auxquels il était inféodé.

     L(es) Etat(s) bourguignon(s) forment une mosaïque de terres et de pouvoirs, fragmentées à travers l'espace, avec au nord les Flandres, l'Artois, la Picardie, la Hollande, la Zélande, etc, et au sud le duché et le comté de Bourgogne, le comté de Charolais, etc. Comme on le voit, ces deux ensembles territoriaux ne formaient pas un bloc géographique d'un même tenant, et possédaient des coutumes et langues différentes. Qu'a-t-il donc manqué aux ducs de Bourgogne pour transformer leurs possessions territoriales en un Etat centralisé digne des royaumes voisins ?

    Élodie Lecuppre-Desjardin tente de répondre à cette question en développant les moyens que ces princes avaient à leurs dispositions et les limites d'une telle politique.

    Tout d'abord, le premier acte de communication politique passe par l'étalage du luxe : on exhibe sa supériorité par le faste, notamment lors des mariages princiers. La propagande artistique joue également un rôle important, qui permet de glorifier le prince à travers ses ancêtres et leurs actions (peinture, littérature...). On n'hésite pas à utiliser la rumeur (par exemple l'empoisonnement) pour discréditer un adversaire (notamment le roi de France). En 1430, à l'occasion de son mariage, Philippe le Bon crée le prestigieux ordre de chevalerie de la Toison d'or. La majesté bourguignonne s'exprime également à travers l'idéal de croisade (qui avait un poids important à l'époque) ou encore l'utilisation de la formule "par la grâce de Dieu" dans les lettres.

     Depuis la cour, la Vauderie d'Arras est une guerre à mener contre les ennemis de la foi, dans un esprit de croisade qui anime sincèrement des nobles dont la culture chevaleresque, toujours bien vivante et parfois déconnectée de la réalité, guide les moindres faits et gestes.
    (page 118)

    Indubitablement, les ducs de Bourgogne étaient des princes extrêmement puissants, non seulement sur le plan militaire mais également sur le plan territorial et leur faculté à lever des subsides. Que leur a-t-il donc manqué pour unifier leurs peuples et leurs territoires en un seul royaume ?

    Tout d'abord, ce qui avait fait leur réussite (annexions territoriales facilitées par leurs promesses de respecter coutumes et privilèges) va devenir leur faiblesse. Les villes du nord se sont souvent révoltées contre les ducs de Bourgogne pour préserver leurs intérêts économiques, et n'ont donc pas adhéré à leur volte-face politique contre les Anglais qui étaient leurs premiers clients (néanmoins, ces villes ont payé moults impôts pour les guerres du Téméraire). En outre, les ducs ont souvent adopté un comportement ambivalent quant à leurs liens féodaux : les peuples du sud de la principauté,  très attachés au roi de France, désavouaient les trahisons successives des ducs de Bourgogne vis-à-vis de son seigneur français (qui de son côté encourageait les clans francophiles à le rejoindre).

     Les ambitions du Téméraire impliquent des choix qui ne conviennent pas à une noblesse respectueuse d'un ordre féodal dominé par le roi, où chacun doit recevoir selon son rang et protéger avant toute chose son patrimoine synonyme de puissance et d'honneur pour le lignage.
    (page 90)

    L'autoritarisme et la dureté de Charles le Téméraire ont entraîné beaucoup de défections parmi sa noblesse au profit de son ennemi Louis XI. De plus, les ducs de Bourgogne ont manqué de cohérence et d'intelligence politique (ils clamaient vouloir supprimer l'impôt dans le royaume de France mais refusaient de l'appliquer dans leurs états). Ajoutez à cela que Charles le Téméraire, malgré sa valeur militaire, multiplie les erreurs stratégiques le conduisant de défaites en défaites puis à sa mort...

      Parmi ces hommes accusés, châtiés, en fuite, parfois graciés, pardonnés, ou définitivement bannis, on trouvera bien évidemment la figure du parvenu, sur laquelle les chroniqueurs de l'époque ont beau jeu de faire couler l'encre de leur acrimonie.
    (page 62)

    Les ducs de Bourgogne ont donc échoué à rassembler leurs peuples  derrière une capitale, une langue unique, un roi et un nom. Leur ont manqué un ennemi commun  qui aurait provoqué l'émergence d'une conscience "nationale" en les aidant à construire un Etat politique, tandis qu'à l'extérieur, l'empereur romain germanique surnommait le dernier duc de Bourgogne le Grand Turc d'Occident...

    Je remercie les éditions Belin ainsi que Babelio pour ce partenariat ! La lecture de l'ouvrage a été très agréable et instructive, la plume de l'auteure, soutenue mais n'hésitant pas à égrener quelques notes d'humour n'y étant pas étrangère.

     ...lorsque Charles, à Saint-Omer, le 15 juillet 1470, accueille les ambassadeurs français du haut des cinq marches de son estrade, sous un dais digne d'un empereur, en les saluant à peine, et rétorque à leur proposition de paix que les Portugais ont coutume de vouer leurs ennemis aux «cent mille diables d'enfer», la cour, présente en grand apparat, s'offusque «pour ce qu'il y avoit de mauvais agoust pour commander tacitement un roy de France à tous les cent mille diables.»
    (page 91)

    Appréciation :

    note : 4 sur 5

     

    divers

    Challenge Histoire

    Ma 63ème participation au challenge de Lynnae -

     Challenge Moyen Âge

    Ma 13ème participation au challenge d'Hérisson -

    Le Royaume inachevé des ducs de Bourgogne (XIVe-XVe siècles) d'Elodie Lecuppre-Desjardin
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  • Commentaires

    1
    Mardi 5 Juillet 2016 à 14:30
    j'avoue que c'est une période de l'histoire un peu floue pour moi, il faudrait que je m'y attarde, mais quand je lis je préfère nettement les romans... ;)
      • Mardi 5 Juillet 2016 à 16:07

        Tu as raison, surtout qu'il y a de très bons romans historiques sur la période... wink2 Je ne sais pas si je te l'avais déjà dit mais j'ai fait une fac d'histoire dans ma jeunesse... ^^ Je ne voudrais pas que tu croies que je suis masochiste !!! Les bouquins d'histoire valent tous nos gimmicks pour moi si tu vois ce que je veux dire !!! winktongue

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