• Le coeur et la raison de Jane Austen

    Le Coeur et la Raison de Jane Austen

    Fiche détaillée

     Auteur > Jane Austen
    Editeur > Bibliothèque électronique du Québec (BeQ)
    Collection > A tous les vents
    Genre > roman classique
    Date de parution > 1811 pour l'édition originale , 2013 pour la présente édition
    Titre original > Sense and Sensibility
    Format > ePub
    Poids du fichier > 503 Kb (375 pages)
    Traduction > de l'anglais par Jules Castier (1948)

    auteur

    Catherine Morland de Jane Austen Née en 1775 au sein d'une famille appartenant à la bourgeoisie provinciale, Jane Austen a utilisé la cruauté du verbe et de sa langue subtilement pendue pour décrire le mode de vie de ses contemporains à travers ce qui semble être des histoires d’amour so british. La jeune Jane grandit dans une famille de pasteurs, entourée de huit frères et soeurs. Bien que vivant modestement, George et Cassandra Austen initient leurs enfants à l'amour de la lecture et la connaissance des arts. Dès l'âge de 11 ans, Jane écrit. Son éducation ainsi que celle de sa soeur Cassandra, dont elle restera très proche jusqu'à sa mort, se fera principalement dans le domaine familial. Elle se met à l'écriture de parodies sentimentales avant de se consacrer aux romans Northanger AbbeyRaison et sentiment et Orgueil et préjugés entre 1795 et 1798. En 1801, la famille Austen s'installe à Bath et quatre ans plus tard, le père de Jane décède : l'auteur ne se mariera pas, tout comme sa soeur Cassandra, et consacrera sa vie à l'éducation de ses neveux et nièces. Raison et sentiment, Orgueil et préjugés et Mansfield Park sont publiés successivement en 1811, 1813 et 1814. Elle laisse derrière elle un roman inachevé, Sanditon, emportée par la phtisie à l'âge de 41 ans (1817). L'auteur ne connut pas le succès en son temps et ne fut redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui, son talent de peintre des moeurs et de la province anglaise font d'elle un des auteurs pré-victoriens les plus connus et des plus mordants.

    quatrieme de couverture

    Après le décès de leur père, Henry Dashwood, Elinor, Marianne et Margaret Dashwood ainsi que leur mère se trouvent privées de leur part d'héritage par leur demi-frère (né d'un précédent mariage de Henry Dashwood) qui se laisse facilement convaincre par sa femme Fanny qu'il ne leur doit rien. Leur situation financière considérablement diminuée, elles se retrouvent dans des circonstances particulièrement difficiles. 

    première phrase

    "La famille Dashwood était établie depuis longtemps dans le Sussex."

    avis personnel

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    Title Page (facing)

    Quatrième livre que je lis de Jane Austen après Orgueil et Préjugés, Northanger Abbey et Mansfield Park, je connaissais déjà l'histoire à travers les adaptations de 1995 et de 2008 (j'avais d'ailleurs adoré cette dernière !!). A ce propos, je pense que l'emprise de la mini-série et le jeu des acteurs ont été tels qu'en passant à la lecture, l'histoire m'a paru moins convaincante.

    Mais revenons au roman qui relate la destinée de deux soeurs, Elinor et Marianne, qui, privées de la pension qu'avait promis de leur verser leur demi-frère à la mort de leur père, sont obligées de quitter le  château familial avec leur mère et leur soeur cadette pour se réfugier dans une chaumière que leur loue généreusement un cousin éloigné, Sir John Middleton.
    Audacieuse et romantique, Marianne tombe amoureuse du charmant Mr Willoughby, tandis qu'Elinor, sensible et raisonnable, soupire en secret pour Edward Ferrars, le frère de sa belle-soeur. Malheureusement, aucun des deux hommes ne sont ce qu'ils semblent et les deux jeunes filles ont bientôt le coeur brisé...

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    With what indignation such a letter as this must be read
    by Miss Dashwood. (ch. 29)

    Ce roman est le premier écrit par Jane Austen, ce qui peut expliquer certaines longueurs : en effet, j'ai trouvé que l'auteure s'attardait trop à la description d'événements banals, alourdissant ainsi le rythme du récit.
    Par contre, elle excelle comme à son habitude dans la peinture des moeurs des castes supérieures où elle met en lumière les travers et les incohérences de cette société britannique qui juge une personne à sa richesse et où le travail est impensable; dans ces conditions, le mariage est de la plus haute importance, et hommes et femmes recherchent à tout prix le confort matériel et la sécurité, quitte à faire fi de leurs sentiments !
    Jane Austen emploie l'humour et la satire pour dépeindre ces pratiques sociales, mais je les ai trouvés moins présents que dans Orgueil et Préjugés et Northanger Abbey; je dois avouer que l'humour grinçant d'un Mr Bennett et les taquineries spirituelles d'un Henry Tilney m'ont manqué...

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    Carried her down the hill. (ch. 9)

    Mais encore une fois, la fine connaissance qu'a Jane Austen de la nature humaine lui permet de dresser une galerie de portraits savoureux qui a retenu mon intérêt.
    Mrs Jennings est une femme un peu envahissante, une bavarde impénitente qui passe son temps à vouloir jouer les marieuses mais qui se révèle une femme généreuse soucieuse du bonheur des autres. Le quiproquo entre elle et Elinor dans son salon de Londres est très drôle.

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    Rising hastily walked for a few minutes about the room. (ch. 31)

    Le couple formé par Thomas Palmer, qui passe son temps à se moquer de sa femme, et par Charlotte, qui ne s'en émeut guère mais s'esclaffe au contraire de la mauvaise humeur "cocasse" de son mari, m'a bien fait rire également.

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    "Mr. Palmer does not hear me. It is so ridiculous." (ch. 19)


    Lucy Steele apparaît d'abord ambivalente, jusqu'à ce que son hypocrisie et son côté manipulateur ne laissent plus de place au doute ! C'est l'archétype de la jeune fille pauvre mais intelligente, prête à tout pour s'élever dans la société par le biais d'un riche mariage...

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    He admires as a lover,
    not as a connoisseur. (ch. 3)

    Elinor et Marianne sont deux soeurs dont la complicité et l'attachement sont très touchants et qui se complètent à merveille : elles tombent toutes les deux amoureuses de deux hommes d'un statut social élevé et qui semblent éprouver les mêmes sentiments qu'elles, mais avec lesquels tout mariage devient impossible pour des raisons différentes. Tout au long du livre, Jane Austen va mettre en parallèle la naissance de leurs sentiments et la manière différente dont ils s'expriment (calme et raisonnable pour Elinor, passionnée et imprudente pour Marianne), ainsi que leur manière de vivre leurs déboires amoureux... Comme pour Mansfield Park, j'ai trouvé la volte-face amoureuse de Marianne peu crédible (je l'ai plus ressenti comme le renoncement de ses rêves irréalisables de jeune fille que comme  l'expression d'un sentiment amoureux); d'ailleurs, Elinor et le colonel Brandon aurait formé un couple plus assorti à mes yeux !

    Le coeur et la raison de Jane Austen
    One of the happiest of men.
    (ch. 49)


    Concernant les trois prétendants masculins, ils me paraissent plus fades et moins fouillés que dans Orgueil et Préjugés et Northanger Abbey. Le colonel Brandon sort un peu du lot, son côté taciturne et secret l'entourant d'une aura mystérieuse...

    Pour conclure, une lecture agréable, servie par une belle prose mais ralentie dans la première partie par quelques longueurs qui auraient pu être évitées.  Malgré tout, mon intérêt s'est focalisé avec beaucoup de plaisir sur  la condition intenable des femmes de l'aristocratie britannique dont la sécurité financière dépend entièrement des hommes et que l'auteure dénonce avec finesse, ainsi que sur les personnages succulents dépeints d'une façon vivace et tellement réaliste...

    Appréciation :

    note : 4 sur 5

    Crédit images : C.E. Brock illustrations

     extrait

    page 111 :
    "Son mari était un jeune homme de vingt-cinq ou vingt-six ans, au visage grave, avec un air plus mondain et plus intelligent que sa femme, mais paraissant moins disposé à plaire ou à être satisfait. Il pénétra dans la pièce avec une attitude d’importance, s’inclina légèrement devant les dames sans dire un mot, et, après avoir jeté un bref coup d’œil sur elles et sur leur habitation, prit un journal sur la table, et continua à le lire tant qu’il demeura là. Mrs. Palmer, au contraire, qui était fortement douée par la nature d’un penchant à être uniformément jolie et heureuse, avait à peine pris place, qu’elle laissa éclater son admiration pour le salon et tout ce qu’il renfermait.
    – Mon Dieu, quelle pièce ravissante, que celle-ci ! Je n’ai jamais rien vu d’aussi charmant ! Songez donc, maman, comme elle est embellie, depuis la dernière fois que j’y suis venue ! J’ai toujours trouvé que c’était un local bien délicieux, madame (se tournant vers Mrs. Dashwood), mais vous en avez fait quelque chose de vraiment charmant ! Regarde donc, ma sœur, comme tout est ravissant ! Comme j’aimerais une maison pareille, pour moi ! Cela ne vous plairait pas, Mr. Palmer ?
    Mr. Palmer ne lui fit pas de réponse, et ne leva même pas les yeux, qu’il tenait fixés sur le journal. – Mr. Palmer ne m’entend pas, dit-elle, riant. Il ne m’entend jamais, parfois. Comme c’est ridicule ! C’était là une idée tout à fait nouvelle pour Mrs. Dashwood ; elle n’avait jamais été habituée à trouver spirituelle l’inattention chez qui que ce fût, et ne put s’empêcher de les regarder tous les deux avec surprise. Mrs. Jennings, entre temps, continuait à parler aussi bruyamment que possible, et poursuivait le récit de la surprise qu’elle avait eue, la veille au soir, en voyant leurs amis, sans s’arrêter avant que tout ne fût dit. Mrs. Palmer rit de tout cœur au souvenir de leur étonnement, et tout le monde s’accorda, à deux ou trois reprises, à déclarer que cela avait été une surprise fort agréable.
    – Je vous laisse à penser si nous étions tous bien contents de les voir, ajouta Mrs. Jennings, se penchant en avant vers Elinor, et parlant à mi-voix, comme si elle avait dessein de n’être entendue de nul autre, encore qu’elles fussent assises de deux côtés différents de la pièce ; toutefois, je n’ai pu m’empêcher de souhaiter qu’ils n’eussent pas voyagé tout à fait aussi vite, ni fait un si long trajet d’une traite, car ils ont fait un détour par Londres en raison de quelque affaire, et, savez-vous bien (hochant significativement la tête et désignant du doigt sa fille), ç’a été un tort, dans son état. Je voulais la voir rester à la maison et se reposer ce matin, mais elle a tenu à nous accompagner ; elle désirait tellement vous voir toutes !
    Mrs. Palmer se mit à rire, et dit que cela ne lui ferait aucun mal.
    – Elle s’attend à faire ses couches en février, reprit Mrs. Jennings. Lady Middleton ne pouvait plus tolérer une telle conversation, et elle s’évertua donc à demander à Mr. Palmer s’il y avait des nouvelles dans le journal.
    – Non, absolument aucune, répondit-il, et il continua à lire.
    – Voici venir Marianne, s’écria Sir John. Allons, Palmer, vous allez voir une jeune fille effroyablement jolie !
    Il alla immédiatement dans le couloir, ouvrit la porte d’entrée, et la fit entrer lui-même. Mrs. Jennings lui demanda, aussitôt qu’elle parut, si elle n’était pas allée à Allenham ; et Mrs. Palmer se mit à rire de si bon cœur à cette question, qu’il était visible qu’elle la comprenait. Mr. Palmer leva les yeux à l’entrée de Marianne, et se remit alors à son journal. Le regard de Mrs. Palmer fut à présent attiré par les dessins qui étaient accrochés tout autour de la pièce. Elle se leva pour les examiner. – Oh, mon Dieu, comme ils sont beaux ! Vraiment, comme c’est charmant ! Mais regardez donc, maman, comme c’est joli ! Je le déclare, ils sont absolument ravissants ; je pourrais les contempler à jamais.
    Après quoi, se rasseyant, elle ne tarda pas à oublier qu’il y eût rien de semblable dans la pièce. Quand lady Middleton se leva pour partir, Mr. Palmer se leva aussi, reposa le journal, s’étira, et les contempla à la ronde.
    – Mon chéri, vous avez dormi ? dit sa femme, en riant.
    Il ne lui fit aucune réponse, et se contenta de dire, après avoir de nouveau examiné la pièce, qu’elle avait le plafond très bas, et de travers. Là-dessus, il s’inclina, et partit avec les autres."

    divers

     

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  • Commentaires

    1
    BouQuiNeTTe
    Mardi 24 Décembre 2013 à 12:20
    J'ai adoré les adaptations aussi et le livre m'avait laissée un peu comme toi... mais je l'ai tout de même préféré à Mansfield Park !!
    2
    Mardi 24 Décembre 2013 à 12:26
    Sylly
    J'adore Jane Austen, et j'ai d'ailleurs l'intention de me replonger dans son monde cette année. Je vais reprendre doucement avec Emma ^^
    Ce titre, d mémoire m'avait également un peu déçu et pour cause je n'étais même pas allée jusqu'au bout ... Je le relirai donc :) Ton article réveille en tout cas mon envie de lire et relire les œuvres d'Austen et sa façon magnifique de dépeindre la société anglaise de l'époque ^^
    Passe un merveilleux Noël :)
    Bisous :)
    3
    Mardi 24 Décembre 2013 à 13:07
    Alison Mossharty
    Je trouve aussi les sœurs Dashwood très attachante ! C'est vrai qu'il y a moins d'ironie dans celui-ci, mais l'histoire reste sympathique à découvrir ^^
    Passe des très belles fêtes de fin d'année Parthenia :-)
    Biz
    4
    Mardi 24 Décembre 2013 à 15:22

    Haha, BouQuiNeTTe, moi c'est Henry Crawford qui fait pencher la balance en faveur de Mansfield Park...

    Je comprends que tu aies abandonné en cours de route, Sylly... Si je ne connaissais pas l'histoire grâce à l'adaptation de la BBC, j'aurais eu également du mal à passer la 1ère partie du roman ! Mais il est vrai que Jane Austen est un merveilleux peintre des moeurs de son temps, avec un ton sarcastique assez savoureux... Bon Noël à toi aussi ! bizz

    Merci de ton passage sur ce billet, Alison, et belles fêtes à toi aussi ! J'ai l'impression que Jane Austen utilise sa prpre expérience avec sa soeur Cassandre pour dépeindre les relatons entre les soeurs Dashwood tant ces passages-là sont criants de vérité !

    5
    Lundi 6 Janvier 2014 à 11:29

    Je garde de bons souvenirs de ce roman. J'ai beaucoup aimé le personnage d'Elinor Dashwood, qui m'a un peu fait penser à Lizzie, l'héroïne d'Orgueil et Préjugés. Quant à l'histoire, même si elle est relativement semblable aux autres histoire austeniennes j'ai trouvé qu'elle était très centrée sur l'intériorité des personnages, sur leur psychologie et cela donne un peu plus certain. :)

    6
    Mardi 7 Janvier 2014 à 16:12

    Elinor Dashwood est effectivement un personnage très attachant (je ne sais pas si tu as vu l'adaptation de la BBC mais l'actrice qui joue le rôle transcende complètement le personnage !). Et je pense que c'est l'accent mis sur l'intériorité des personnages qui m'a fait tenir jusqu'au bout, ainsi que la finesse des dialogues, très codifiés et suggestifs, où les piques assassines ou les remarques désobligeantes sont assenées avec la plus parfaite courtoisie...

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