• Été d'Edith Wharton

    Été d'Édith Wharton

    Fiche détaillée

    Auteur > Edith Wharton
    Editeur > 10/18
    Collection > Domaine étranger
    Genre > roman classique
    Date de parution > 1917 pour l'édition originale, 1985 pour la présente édition
    Titre original > Summer
    Nombre de pages > 254
    Traduction > de l'américain

    auteur
    (sources : 10/18)

    Édith Wharton


    Edith Wharton
    (1862-1937) est issue d'une vieille famille de la grande bourgeoisie new-yorkaise. À partir de 1906, elle choisit la France pour patrie d'adoption et partage sa vie entre son appartement de la rue de Varenne à Paris, sa maison de campagne de Saint Brice-la-Forêt (Seine-et-Oise) et sa villa d'Hyères. Après l'échec de son mariage, elle publie en 1905 son premier roman, Chez les heureux du monde, et reçoit quinze ans plus tard le prix Pulitzer pour Le Temps de l'innocence. Amie d'Henry James, André Gide et Paul Bourget, elle devient bientôt le peintre averti et plein d'ironie d'une aristocratie new-yorkaise moribonde en proie à la montée de l'affairisme. Édith Wharton meurt en 1937, laissant pour testament une quarantaine de romans et de nombreux recueils de nouvelles et de poèmes dont notamment Ethan Frome, Été et Les Metteurs en scène.

     

     

    quatrieme de couverture

    Été est un roman qui traite franchement de la sexualité féminine, vue comme force vitale puissante et constructrice. Il était donc fort moderne pour son époque, lorsqu'il fut publié pour la première fois en 1918. Joseph Conrad, admirateur de l'œuvre d'Edith Wharton, plaçait Été au-dessus de tous ses autres romans : peut-être parce qu'y sont dévoilés les mécanismes intimes et habituellement cachés de la personnalité, l'aspect extra-social de notre nature si souvent présent dans les écrits de Conrad lui-même.
    Cynthia Wolff
    1979

    première phrase

    "La porte de la maison de l'avocat Royall, située à l'extrémité de l'unique rue du village de North Dormer, venait de s'ouvrir."

    avis personnel

    Charity est une jeune fille de 18 ans, élevée par l'avocat du village, Mr Royall, et qui aspire à une autre vie. En effet, elle se morfond dans cette communauté étriquée , friande de commérages malveillants. North Dormer est  sis dans un pays de bûcherons et d'agriculteurs où il ne se passe jamais rien. Or, son ennuyeux emploi de bibliothécaire au Hatchard Memorial va lui permettre de rencontrer Lucius Harney, un fringant et brillant architecte descendu de la ville pour dresser des croquis des maisons traditionnelles de la région. Charity, tombée sous le charme, se propose donc comme guide, et une complicité amicale va rapidement se nouer entre les deux jeunes gens. Mais la jeune fille, honteuse de ses origines obscures et de son ignorance, ressent douloureusement tout le fossé socio-culturel qui les sépare. De son côté, son tuteur prend ombrage de leur rapprochement et tente tout pour les séparer...

    Été est le roman de l'éveil d'une jeune fille à la sensualité et à l'amour dans une société régie par le souci des convenances et des apparences, condamnant tout écart de conduite.
    Charity Royall, qui a pris le nom de son tuteur mais dont le véritable patronyme est inconnu du lecteur durant une bonne partie de l'intrigue, souffre en sus de ses origines qui la marginalisent quelque peu, ou tout au moins la font sentir différente des autres. En effet, Mr Royall l'a ramenée quand elle avait cinq ans de la Montagne, lieu bruissant de rumeurs selon lesquelles l'endroit cacherait un "ramassis de voleurs et de repris de justice" (page 64) vivant en dehors de toute civilisation, sans juridiction, sans église, sans école.
    Au début, le lecteur n'éprouve que peu de sympathie pour l'héroïne, qui apparaît hautaine, ingrate, paresseuse et égoïste. Mais au fil de la lecture, le courage de la jeune fille se révèle en même temps que son refus opiniâtre de se soumettre au carcan de la morale hypocrite du village, ainsi que son sens aigu de la loyauté et sa grandeur d'âme.

    De même que pour Charity, notre perception sur son tuteur se modifie favorablement vers la fin. Alors que nous n'avions de lui que la vision négative de la jeune fille qui le considère avec mépris comme un ivrogne brutal, affligé en outre du défaut d'avarice, on comprend peu à peu que son comportement maladroit vis-à-vis de sa pupille (dont on devine qu'il est éperdument amoureux) ne vise qu'à la protéger des désillusions de l'amour et des commérages malveillants.

    Quant à Lucius Harney, il est tout à fait charmant, ouvert d'esprit, instruit et dénué de tout préjugés. Malgré toutes ses qualités, on ne peut s'empêcher de s'inquiéter sur ses motivations réelles à l'égard de Charity. Est-il aussi sincère qu'il en a l'air ? Ce sentiment est accentué par l'omniprésence de la Montagne, dont l'ombre à la fois fascinante et terrifiante plane comme une menace sur la destinée de Charity.

    Pour un conclure, un roman passionnant sur l'apprentissage des cruautés de l'amour et de la difficulté à s'élever au-dessus de sa condition tout en restant libre et fidèle à sa nature. On finit par s'attacher à l'héroïne dont la fierté sauvage nous avait un peu déstabilisés au début. Mais on ne peut qu'admirer le courage dont elle fait preuve quand elle décide d'assumer ses choix, dans cette société qui impose des normes morales et sociales intenables pour les femmes, condamnées à la prostitution ou à un mariage malheureux si elles y contreviennent. Je comprends que ce roman ait fait scandale à sa sortie car l'auteure aborde des thèmes très modernes comme  /!\Attention spoiler/!\ les relations sexuelles hors mariage ou l'avortement./!\Fin du spoiler/!\ .
    Bref, une très belle découverte de l'œuvre d'Edith Wharton qui me donne envie d'explorer d'autres romans d'elle...

    Appréciation :

    note : 4 sur 5

    extrait

    Tout à coup la porte s'ouvrit et, avant de lever les yeux, elle devina que le jeune homme qu'elle avait vu entrer chez Miss Hatchard venait de franchir le seuil de la bibliothèque.
    Sans faire attention à elle, il se mit à parcourir lentement la petite salle voûtée, les mains derrière le dos, scrutant de ses yeux de myope les rangées de livres aux reliures fanées. Enfin il atteignit le bureau et s'arrêta devant la bibliothécaire.
    - Avez-vous un catalogue par fiches, mademoiselle ? demanda-t-il d'une voix agréable, un peu brusque.
    La question inattendue lui fit lâcher son crochet.
    - Un
    quoi ?
    - Mais... un catalogue...
    Elle eut conscience qu'il la voyait pour la première fois, l'ayant apparemment, à son entrée, comprise dans la revue rapide comme faisant partie du mobilier de la bibliothèque.
    En la regardant, il perdit brusquement le fil de sa remarque. Charity s'en aperçut et sourit. Le jeune homme sourit aussi.
    - Mais, en effet, vous ne connaissez sans doute pas ce genre de catalogue, reprit-il. Du reste, cela vaut mieux...
    Elle crut deviner une légère condescendance dans son accent, et demanda sèchement :
    - Mieux ? Pourquoi ?
    - Parce que c'est si agréable, dans une petite bibliothèque comme celle-ci, de fouiller soi-même... avec l'aide de la bibliothécaire.

    (page 13-14)

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  • Commentaires

    1
    Samedi 26 Septembre 2015 à 18:46
    Un livre que je ne connais pas du tout mais qui m'a l'air très novateur et moderne pour son époque ! Je le note.
    2
    Samedi 26 Septembre 2015 à 20:45

    @AlittleBit,
    J'ai été vraiment surprise par la modernité des thèmes abordés... alors que le ton reste chaste jusqu'au bout... la scène du 1er baiser est magnifiquement écrite !

    3
    Samedi 26 Septembre 2015 à 21:53
    Je ne connaissais pas, mais je note ce titre :)
    4
    Samedi 26 Septembre 2015 à 22:25
    Je ne connaissais pas du tout ce livre mais il pourrait m'intéresser. Je note!
    5
    Dimanche 27 Septembre 2015 à 15:14
    Très belle chronique. Une auteure que je ne connaissais pas non plus.
    6
    Lundi 28 Septembre 2015 à 11:55

    @Salhuna, LaLibrosphère et Karineth,
    merci beaucoup les filles ! ^^
    Je n'aurais pas moi-même pensé à lire ce livre sans ce challenge et je ne regrette vraiment pas ce choix...

    7
    Mardi 29 Septembre 2015 à 23:09

    J'aime beaucoup Edith Wharton, mais je ne l'ai pas encore lu celui-ci. Tu m'intrigues :)

    8
    Mercredi 30 Septembre 2015 à 13:17

    @AnGee,
    C'est ton billet sur Le temps de l'innocence qui m'avait donné envie de découvrir Edith Wharton... J'ai mis le temps, mais l'occasion a fait la larronne... wink2
    D'autant plus ravie donc si mon billet a su t'intriguer... ^^

    9
    Vendredi 27 Novembre 2015 à 23:07
    Ma foi ce roman m'intrigue, pourquoi pas! Je prends note merci pour la découverte Parthie ;)
      • Dimanche 29 Novembre 2015 à 20:09

        De rien, ma chère Missie... Ce livre a été un véritable enchantement et une merveilleuse surprise... J'espère que tu seras aussi ravie que moi de cette découverte !

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